L’enfant et la période des Fêtes

L’enfant et la période des Fêtes

L’enfant ayant des besoins particuliers a aussi hâte d’avoir des vacances et de demeurer à la maison avec leur famille. Par contre, cela représente un changement de routine important autant pour les parents que pour l’enfant. Surtout, lorsque la famille se déplace pour se rendre chez Grand-Papa ou chez des amis.

Plusieurs  enfants ayant des besoins particuliers vivent difficilement les changements ou les transitions entre les activités. La gestion du temps est un défi pour plusieurs. En effet, différencier le mardi du jeudi ne leur donne aucune image mentale dans leur tête. 

Il est possible de poser des actions pour faciliter cette période de l’année. Chacun veut que les « vacances des Fêtes » soit surtout des moments magiques de bonheur et de partage avec son entourage malgré les difficultés que vit l’enfant.

Planification et anticipation sont possibles soit verbalement ou soit avec des images.

Il est important de sécuriser l’enfant dans ce quotidien perturbé. Sa façon de réagir va être en relation avec les moyens pris pour l’aider à vivre ces moments avec joie et plaisir. Une planification des événements va faciliter la compréhension des changements. Cela ouvre la porte à une meilleure anticipation du « contenu de l’avenir » et sécurise le mental de l’enfant. 

Pistes de solutions possibles

Pour la gestion du temps, anticiper auprès de votre enfant les changements qui s’en viennent dans son horaire:

  • Faites un calendrier visuel des activités principales réparties durant cette période.
  • Présentez-le à l’enfant quelques jours avant Noël. 
    Pour faire cela, prenez une feuille ou carton où vous faites un tableau avec le nombre de jours représentant le période de changement. Par la suite, vous collez une photo représentative de l’événement principal de la journée. Exemple: La photo peut représenter une des personnes que vous allez voir.
  • Si vous restez plusieurs jours à l’extérieur de chez-vous, coller d’autres indices sur les autres journées pour l’aider à conscientiser les événements qui vont arriver dans ce futur proche.
  • Chaque jour précédent une activité importante et différente, prenez quelques minutes pour revenir sur le calendrier. Détaillez ce qui va se passer le lendemain: faire de la route, allez chez la parenté, aller faire du ski, etc…
  • Durant la journée, continuez cette façon de prévenir l’enfant de ce qui va se passer. Faites-le soit verbalement ou avec des images une à la suite de l’autre sur une page pour lui donner la notion du temps et de l’avancement dans la journée.
  • L’enfant peut aussi enlever lui-même l’image collée après l’avoir vécu. Cette méthode va l’aider à se situer où il se retrouve dans la gestion de sa journée. Ex.: voyage en auto, jouer, repas, sieste, jouer, repas, voyage en auto ou coucher ailleurs que dans son lit,… 

Vous pouvez aussi faire le même fonctionnement lorsque la « visite » vient vous voir chez-vous.

 Pour la gestion de la surcharge sensorielle

Certains enfant ayant des besoins particuliers ont de la difficulté à moduler toutes les stimulations qu’ils reçoivent de leur environnement. Il est important de comprendre comment agir pour prévenir une « surdose » lors de ces journées différentes de la routine régulière. Voici quelques éléments à considérer:

Au niveau tactil, auditif et vestibulaire:

  • Au niveau tactil, s’assurer de lui apporter des vêtements avec lesquels l’enfant est confortable et qu’il connaît bien. C’est préférable d’avoir un enfant moins « chic » mais qui accepte sans difficulté de mettre et d’enlever les vêtements durant les journées.
  • Avisez les personnes que vous visitez que votre enfant n’aime pas donner des câlins ou en recevoir. Cela peut enlever un moment de malaise provenant du manque de compréhension lorsque l’enfant réagit fortement  en refusant ces câlins.
  • Apportez la couverture et l’oreillée que l’enfant utilise dans son lit pour faciliter la période de sieste et du coucher.
  • Au niveau auditif, votre enfant peut réagir très fortement surtout s’il y a beaucoup de monde dans la maison ou dans l’endroit où vous vous trouvez.  
  • Essayez de prévoir un endroit plus calme dans la maison où l’enfant pourra se rendre avec sécurité pour réussir à moduler ce surplus de stimuli auditifs lorsqu’il sera en « surcharge ».
  • Vous pouvez également apporter des « coquilles » qu’il pourra porter à quelques reprises dans la journée selon les besoins qu’il aura.
  • S’il est habitué de s’endormir avec de la musique apaisante (ex.: bruit de vagues), apporter votre musique pour ne pas perturber sa routine auditive.
  • Si l’enfant a un grand besoin de bouger et de sauter (vestibulaire), apportez des objets lourds qu’il pourra mettre sur lui durant les moments où il devra rester plus tranquille (ex.: couverture lourde, animal lourd, veste lestée,…).
  • Vous pouvez aussi prévoir plusieurs activités de courte durée où il pourra bouger avec sécurité soit à l’extérieur ou dans une pièce de la maison.

Comportements perturbés

Certains enfants vont aussi vivre tous ces changements en ayant un sommeil perturbé ou en se réveillant la nuit. Ils peuvent recommencer des comportements qui avaient disparu comme se cogner la tête, faire pipi au lit,… C’est déstabilisant pour vous et votre enfant. Si cela arrive, réagissez en dédramatisant la situation avec l’enfant. Attendez de revenir à la maison  et à votre routine régulière pour vérifier si cela va perturber dans le temps. Ou, si cela était davantage une réaction aux changements et à la surcharge sensorielle vécue. Si cela se maintient par la suite, il faut recommencer les étapes que vous aviez fait pour régler ce problème vécu antérieurement.

La proximité des autres enfants de la famille ou des amis peut aussi perturber l’enfant ayant des besoins particuliers!

Les interactions sociales

Cette période de l’année où il y a une augmentation d’interactions sociales avec des amis ou des membres de la famille peuvent influencer le comportement de l’enfant ayant des besoins particuliers.

Si l’enfant a de grandes difficultés langagières, il vivra de la frustration de ne pas se faire comprendre par ses cousins ou nouveaux amis. Cela est possible qu’il tente de démontrer de façon non verbale ce qu’il aurait voulu dire verbalement. Si les amis ne comprennent pas le message, cela peut créer de la tension ou des réactions non amicales. Ex.: L’enfant veut un bloc jaune et sa cousine les a toutes mises dans sa tour. Il veut l’enlever de la tour et la mettre dans son jeu….sans lui demander oralement si elle veut!

L’enfant peut aussi être très verbal mais peu à l’écoute des besoins des autres autour de lui. Il dit ce qu’il pense et agit rapidement sans se préoccuper vraiment des réactions des autres enfants autour de lui. Cette autre façon d’agir lors des relations sociales apportent aussi de l’inconfort et des comportements plus ou moins appropriés.

Donc, ces difficultés à communiquer et interagir socialement avec les pairs demande souvent beaucoup d’énergie à l’enfant.­ 

De plus, il a besoin d’intégrer et de moduler les différents stimuli de l’environnement non familier. Sa tolérance à la frustration diminue et des comportements plus difficiles peuvent apparaître comme de l’opposition, pleurs, hurlement sans raison, chicane amplifiée avec la petite sœur ou frère, etc.

Prévoyez qu’un adulte que l’enfant apprécie la compagnie soit disponible. Celui-ci devient vigilent aux différentes communications que l’enfant veut faire avec son entourage. Il peut alors décoder ce que l’enfant voulait dire, l’expliquer aux amis et dédramatiser la situation. Si l’enfant est désorganisé, un moment de calme, de repos avec les objets lourds peuvent être une solution aidante dans certaines situations.

Conclusion

Tous les enfants sont différents même ceux avec des besoins particuliers. Une bonne planification,  une anticipation des événements de façon visuelle et l’utilisation de ses objets personnels dans un milieu non familier peuvent être des atouts non négligeables pouvant aider à passer une belle période de cette fin d’année dans la joie et le bonheur. 

Des moments remplis de bonheur pour chacun de vous!

 Françoise Lespérance, ergothérapeute

Quelques articles supplémentaires de Jouer et Grandir:

La routine chez l’enfant

Les stimuli sensoriels et l’ergothérapie

 

 

Dyspraxie visuo-spatiale et les autres « Dys (comorbidité)

Qu’est ce que la comorbidité?

Le dictionnaire Larousse définit la comorbidité comme une « association de deux maladies physiques, fréquemment observée dans la population ». De son côté, Wikipédia donne cette définition: « la comorbidité est la présence simultanée de plusieurs diagnostics » et « la présence d’un ou de plusieurs troubles associés à un trouble ».

Au niveau clinique, les thérapeutes observent que plusieurs enfants se retrouvent avec différents diagnostics comme la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, la dyspraxie visuo-spatiale ou avec une dyspraxie motrice. Il y a 4 principaux points communs à ces différents diagnostics selon les recherches cliniques:

  • les enfants sont d’intelligence normale lors de la passation de tests psychométriques
  • une incidence négative sur les apprentissages
  • un caractère familial plus ou moins fréquent (retrouve plus d’un enfant par famille avec des diagnostices « Dys »)
  • Prédominance de ces diagnostics chez les garçons

La Dyspraxie et la comorbidité avec d’autres troubles

Certains chiffres sont mentionnés dans les recherches avec des variations mais en voici quelques uns:

  • 6% de la population sont touchés par la dyspraxie motrice (trouble développementale de la coordination)
  • 87% des enfants ayant de la dyspraxie ont de la comorbidité avec un autre diagnostic
  • 37% des enfants dyspraxiques sont aussi TDA-H (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité)
  • Des auteurs notent une forte association entre le degré d’inattention et la sévérité du trouble moteur
  • 63% des enfants dyspraxiques ont un diagnostic de dyslexie
  • Presque tous les enfants ayant un diagnostic de dyslexie sont aussi dysorthographiques
  • 25% des enfants ayant un trouble d’apprentissage ont un diagnostic de dyscalculie

La comorbidité entre la dyspraxie (trouble développementale de la coordination) et les autres « Dys » démontrent une influence majeure sur les apprentissages en général. Mais, de façon plus spécifique, il y a un impact significatif sur les apprentissages relevant du scolaire.

Qu’est ce que la dyspraxie motrice/ dyspraxie visuo-spatiale?

C’est un trouble neurodéveloppemental qui affecte la capacité de choisir, planifier, séquencer et exécuter des mouvements du corps dans l’espace. Cela touche à la qualité des gestes moteurs incluant ceux des yeux (gestes du regard). Donc, il est possible d’utiliser la nomenclature générale du trouble développemental de la coordination mais dans certaines situations, c’est préférable d’avoir une idée plus précise de ce trouble. De plus, dans les études scientifiques, la dyspraxie a été segmenté en différents sous-types dépendamment des symptômes prédominants pour en expliquer les problématiques vécus par les enfants. En voici quelques unes:

  • Dyspraxie idéatoire : trouble de la succession chronologique des différentes étapes dans la réalisation du geste pour manipuler l’objet.

  • Dyspraxie idéomotrice : trouble de l’organisation du geste moteur en l’absence de manipulation réelle de l’objet (faire semblant de, imiter des gestes…).

  • Dyspraxie visuoconstructive : troubles qui se révèlent dans les activités d’assemblage et de construction.

  • Dyspraxie visuospatiale : trouble touchant majoritairement les mouvements des yeux (gestes du regard). Également, l’organisation dans l’espace tel que des activités à deux dimensions (papier, reproduction de dessins, de lettres,…).

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Causes de la dyspraxie et des autres troubles « DYS »

Au cours des dernières décennies, des recherches ont tenté de trouver les différentes causes reliés à ces troubles neurodéveloppementaux. Certaines recherches ont mis l’accent sur des structures du cortex cérébral comme les fonctions cérébelleuses tandis que d’autres recherches ont ciblé des facteurs génétiques. Les scientifiques poursuivent leurs travaux en lien avec un trouble spécifique « Dys » comme la dyslexie ou en mettant en relief les symptômes communs qui ressort par la comorbidité. Aucune cause précise n’est encore identifiée. Par contre, certains résultats de recherche donnent des pistes de solutions et d’orientation pour intervenir auprès des enfants.

Que faire de façon pratique pour aider l’enfant présentant de la dyspraxie motrice/dyspraxie visuo-spatiale?

La première étape est de bien comprendre les impacts fonctionnels du trouble de l’enfant. Par la suite, des activités et exercices peuvent être mis en place par des spécialistes pour stimuler l’aspect moteur, sensori-moteur et visuo-perceptivo-moteur dans le but d’améliorer la qualité des mouvements du corps de l’enfant et de ses yeux (gestes du regard).

Ces stimulations auront également un effet sur la perception visuelle de l’enfant, leur utilisation dans les activités de la vie de tous les jours et des apprentissages scolaires.

Aussi, il faut envisager de trouver des solutions par des adaptations compensatoires facilitant les gestes moteurs et du regard dans le quotidien de l’enfant et pour lui permettre de faire ses apprentissages scolaires.

Françoise Lespérance, ergothérapeute

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Références:

  • Troubles associés et comorbidités dans la dyslexie : de l’observation clinique à la compréhension des mécanismes (http://www.resodys.org/)
  • Le point sur la dyspraxie développementale : symptomatologie et prise en charge par Laurence Vaivre-Douret
  • La dyspraxie visuo-spatiale de Valérie Duband
  • EACD Recommendations Long version** Definition, Diagnosis, Assessment and Intervention of Developmental Coordination Disorder (DCD) Version – July 2011