La dyspraxie visuo-spatiale

           Connaissez-vous la dyspraxie visuo-spatiale?

La dyspraxie est un trouble neurodéveloppemental chez l’enfant qui est très peu connu. De temps en temps, dans une conversation, on peut entendre les mots dyslexie, dyscalculie ou dysorthographie qui refèrent à des troubles d’apprentissages.

Tous ces « dys » font partie des troubles neurodéveloppementaux qu’on retrouve chez les enfants. Certains sont identifiés seulement lorsque l’enfant est rendu à l’école mais la dyspraxie peut parfois être détectée plus tôt. Les orthophonistes vont clarifier si un enfant a de dyspraxie verbale tandis que les ergothérapeutes vont axés leurs évaluations et leurs interventions sur la dyspraxie motrice maintenant nommée trouble développemental de la coordination (TDC).

La dyspraxie verbale touche principalement les muscles et les composantes du langage pour faciliter la prononciation des mots et phrases. Quant à la dyspraxie motrice ou trouble développemental de la coordination, il s’agit d’un trouble moteur qui affecte l’ensemble du corps dans les mouvements moteurs pour les planifier et les coordonner.

Alors pourquoi parle-t-on de dyspraxie visuo-spatiale?

Les gestes du regard peuvent être touchés par la dyspraxie motrice c’est-à-dire que la coordination des mouvements des yeux est aussi problématique. Par exemple, l’enfant va avoir de la difficulté à fixer ou suivre le mouvement d’un objet dans l’espace. Alterner son regard de près et de loin est souvent incoordonné et fatigant. Les mouvements raffinés des saccades visuelles sont difficiles pour lire et écrire.

Également, la perception visuelle des formes et de leurs positions dans l’espace est touchée ainsi que la relation du corps avec son environnement. Donc, lorsque ces fonctions ont un effet significatif pour perturber la vie quotidienne de l’enfant à la maison et à l’école dans des activités tel que écrire, lire, calculer, organiser son espace de travail ou sa chambre, il s’agit de dyspraxie visuo-spatiale ou de trouble développementale de la coordination avec composante visuo-spatiale.

Est-ce facile à détecter?

La dyspraxie est un trouble invisible qui peut grandement affecter l’estime de soi de l’enfant car celui-ci va souvent avoir de la difficulté à faire des jeux de groupe comme le soccer ou le baseball. Il est maladroit, tombe fréquemment ou accroche les objets situés près de lui en créant des catastrophes…L’enfant se fait souvent disputer de par sa maladresse ou son manque d’intérêt pour bouger, courir, lire, écrire, faire des bricolages, etc…

Souvent, les mouvements des yeux sont perçus comme acquis et il y a peu d’investigation qui se fait à ce niveau pour définir si la dyspraxie touche également les gestes du regard. La préoccupation majeure va principalement être de s’assurer que l’enfant a une bonne acuité visuelle et s’il a besoin ou pas de lunettes. La dyspraxie visuo-spatiale n’est pas corrigée par les lunettes et souvent l’enfant a besoin d’exercices spécifiques pour améliorer les capacités motrices des muscles entourant les yeux.

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Fiche d’observation

Voici quelques éléments qui peuvent mettre la « puce à l’oreille » de mieux comprendre et cerner les difficultés de l’enfant qui s’apparente avec de la dyspraxie visuo-spatiale :

  • Maladresse dans les jeux moteurs;
  • Équilibre instable;
  • Lenteur pour exécuter des gestes moteurs tel que dessiner, écrire, s’habiller;
  • N’a peu d’intérêt pour les activités de table tel que dessiner, bricoler, découper;
  • Échappe régulièrement ses ustensiles, se salit beaucoup et aime davantage manger avec ses doigts;
  • Peut mettre ses vêtements à l’envers;
  • Ne réussit pas à attacher ses souliers (faire des boucles);
  • Ne réussit pas à se moucher seul;
  • Maladresse pour se brosser les dents
  • Écrire les lettres est ardu: inversions des lettres, mauvaises directionnalités des traits pour former les lettres et dépassement des trottoirs des cahiers d’écriture.

Au niveau visuel et perceptuel :

  • Difficulté de balayage visuel;
  • Difficulté à reproduire un modèle sur papier (les lettres, les chiffres, un bonhomme,…);
  • Semble avoir peu d’images mentales de la représentation des objets;
  • Semble perdu sur une feuille où il y a beaucoup d’informations;
  • Difficulté à attraper et lancer un ballon ou une balle (objet qui bouge dans l’espace);
  • Difficulté à suivre le contour d’une forme au découpage;
  • Faire de la copie de mots ou de phrase du tableau à la feuille est ardu et lent.

Conclusion

La dyspraxie visuo-spatiale a des répercussions importantes dans la vie de l’enfant même si celui-ci nous semble « normal ». Cet enfant va avoir besoin de l’adulte pour le soutenir dans ses activités quotidiennes à la maison, à l’école et dans ses loisirs. Il va aussi avoir besoin de diverses adaptations pour lui faciliter son autonomie (ex. : lacet élastique au lieu d’apprendre à faire ses boucles) et ses apprentissages scolaires (ex : des adaptateurs de crayons, des règles de lecture, des repères visuelles sur les feuilles, etc…). De mieux comprendre que cet enfant n’est pas paresseux ou désintéressé est primordial pour agir positivement et l’aider dans son développement.

Françoise Lespérance, erg

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Les stimuli sensoriels et l’ergothérapie

Les stimuli sensoriels et le mouvement font partie de la vie dès la naissance. Dans les premières semaines de vie, le bébé bouge de façon incoordonnée en agitant les bras et les jambes. Il est aussi en train de développer sa vision.

Puis, le cerveau raffine la planification, l’organisation et la coordination de toutes les informations qui proviennent du corps de l’enfant qui interagit avec son environnement.

Vers l’âge de 12 à 15 mois, l’enfant augmente l’accessibilité à explorer son environnement par l’acquisition de la marche. Mais, depuis sa naissance, l’enfant utilise ses 7 sens: la vision, l’audition, le goût, l’odorat, le toucher, le vestibulaire et la proprioception. La majorité du temps, on parle de 5 sens mais on oublie les deux derniers qui sont très importants dans le développement de l’enfant.

Le sens de la proprioception provient des muscles, des articulations, des ligaments et des os. Ceux-ci envoient de l’information au cerveau comme la vision ou l’audition. Ce sens de la proprioception est important pour que le corps puisse s’orienter dans l’espace puis planifier et exécuter des mouvements.

Le sens vestibulaire, quant à lui, provient des oreilles internes.  Lorsque le corps bouge, l’oreille interne envoie au cerveau  de l’information sur la direction et la vitesse du mouvement. Grâce à ce sens, le corps peut ajuster sa position dans l’espace tout en développant l’équilibre et le tonus musculaire.

Il y a quatre étapes dans le fonctionnement sensoriel. Les 7 sens reçoivent de l’information provenant de l’environnement de l’enfant. Ils transmettent ces informations au cerveau. Celui-ci analyse et traite l’information dans plusieurs zones de ses hémisphères cérébrales. Par la suite, le cerveau envoie des messages au corps pour qu’il réagisse.

Les  sens permettent donc, de produire des réactions au niveau du comportement, des interactions sociales, des apprentissages. Bien sûr, ils sont nécessaires pour le développement général de l’enfant.

La modulation sensorielle

Tous les sens sont en éveil en même temps mais le cerveau ne peut pas traiter toutes ces informations en s’y attardant de la même façon. La modulation sensorielle est cette capacité d’obtenir un équilibre pour être capable de considérer que certaines informations sensorielles sont plus importantes que d’autres dépendamment des situations.

L’enfant développe cet équilibre à mesure qu’il grandit. L’enfant apprend à faire des distinctions. Lorsqu’il ne réussit pas à moduler les informations provenant de ces différents sens, l’enfant va être en hyperéactivité ou en hyporéactivité . Dans ces situations, ses réactions auront un impact sur son comportement, ses interactions sociales ou ses apprentissages.

Il y a hyperéactivité lorsque les stimuli perçus comme normaux pour la majorité des enfants entraînent une réaction plus grande ou plus importante chez l’enfant. À l’inverse, l’enfant peut ètre en hyporéactivité s’il perçoit moins les stimuli que les autres enfants.

Ces réactions d’hyperéactivité ou d’hyporéactivité peuvent se retrouver pour chaque sens. L’enfant peut être en recherche de stimuli sensoriels ou en évitement. Il peut être hypersensible ou hyposensible aux stimuli.

C’est même possible que le cerveau a besoin de stimuli plus fréquemment, de façon plus intense, durant un laps de temps plus long pour les enregistrer et déclencher le cycle des 4 étapes mentionnés précédemment (réception, analyse, traitement, action par le corps).

Un exemple du fonctionnement de deux enfants

Voici un exemple pour expliquer comment deux enfants différents âgés de 3-4 ans dans le même environnement peuvent utiliser les informations provenant de leurs différents sens:

Manuel et Xavier sont dans une salle où il y a du bruit, d’autres enfants et plusieurs jouets accessibles. Manuel bouge continuellement pour toucher aux différents jouets. Il ne reste pas longtemps au même jeu. Il ne tient pas compte des autres enfants en courant dans le local et son comportement est peu sécuritaire pour lui et les autres enfants.

Xavier est dans la même salle. En entrant dans la pièce, il ne regarde aucun ami et se dirige directement vers un jeu de construction qu’il reconnaît. Il s’assit au sol et se met à faire une tour de blocs avec le jeu. Xavier n’est pas intéressé par ce qui se passe dans la pièce. En courant, Manuel accroche la tour de blocs et la fait tomber! Xavier se met à pleurer! Manuel continue à courir!

Deux enfants, deux comportements différents dans le même environnement. Manuel est à la recherche de stimulation sensorielle en lien avec son hyporéactivité au niveau des sens proprioceptif et vestibulaire. Cela a un effet sur son comportement d’être constamment en mouvement dans la salle.

Quant à Xavier, il a besoin de faire une activité qu’il connaît: les blocs. Il utilise peu sa vision et son audition pour explorer son environnement.  Il met son attention sur un objet et a ignoré les autres stimuli (bruit, mouvement). Son comportement s’est arrêté sur la tâche de construire une tour.

Dans cet exemple, lorsque nos deux amis seront rendus à l’école, Manuel aura peut-être besoin d’adaptations pour diminuer les distracteurs dans la classe afin de faciliter les apprentissages scolaires. Pour Xavier, celui-ci pourrait avoir besoin de soutien et de stimulation pour l’aider à établir des relations avec ses pairs et faciliter les transitions lors de changements.

L’ergothérapie et la modulation sensorielle

L’ergothérapeute peut aider les deux enfants malgré leur dynamique très différente. L’ergothérapeute peut évaluer le profil sensoriel de  chaque enfant. Il va recueillir des notions sur le comportement de l’enfant en lien avec le traitement des informations provenant de ses sens et de ses réactions au niveau social et de ses apprentissages.

Par son analyse, il peut déterminer un plan pour intervenir auprès de l’enfant par des actions et des activités à privilégier selon différentes approches thérapeutiques. En fonction de la dynamique de chaque enfant, ses interventions vont faciliter la modulation sensorielle, permettre de mettre en place des stratégies compensatoires et clarifier l’utilisation d’adaptations en vue d’aider l’enfant dans son quotidien.

L’ergothérapeute travaille en collaboration avec les parents et les intervenants des milieux scolaire ou de garderie pour obtenir une concertation par un travail d’équipe.

Françoise Lespérance, ergothérapeute

de Jouer et Grandir

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Dyspraxie visuo-spatiale (DVS) et des pistes de solutions

Dyspraxie visuo-spatiale (DVS) et des pistes de solutions

Voici un article écrit par une maman qui présente les défis et des solutions mis en place pour son fils qui a une dyspraxie visuo-spatiale (DVS).

Cette dyspraxie est peu connue et amène des impacts majeurs au niveau fonctionnel chez les enfants surtout lors des apprentissages scolaires.

Cliquez sur le lien ci-dessous pour y accéder:

via Dyspraxie visuo-spatiale (DVS) : Importance de la prise en charge pour la réussite scolaire – Témoignage d’un parent

Une formation en ligne est disponible sur la dyspraxie visuo-spatiale pour vous aider à agir avec votre enfant!! Inscrivez-vous

Écrire et l’ergothérapie

Écrire est une activité que nous réalisons à tous les jours pour la majorité de la population soit avec des crayons ou avec un ordinateur. Lorsque le jeune enfant de quatre à cinq ans débute sa scolarisation, il va apprendre à écrire en utilisant les crayons. Plusieurs enfants ont des difficultés à tenir ce fameux crayon pour tracer les lettres de l’alphabet peu importe la langue d’apprentissage (latine, arabe,…). Pourquoi? Comment faciliter la prise du crayon? Comment faire pour que mon enfant réussisse à le contrôler pour tracer les traits qui servent à former les lettres?

L’ergothérapie est une profession qui peut aider l’enfant à mieux cerner les problématiques de l’enfant. L’ergothérapeute va évaluer l’enfant dans son activité d’écrire. Il pourra déterminer des activités à mettre en place ainsi que des suggestions de matériel adapté pouvant aider l’enfant dans cette tâche. Allez voir le programme Les Ateliers « J’aime lire et écrire » qui pourrait aider votre enfant dans ces activités.

L’observation fonctionnelle de l’enfant

Que faut-il observer chez l’enfant lorsqu’il utilise les crayons?

  1. Comment place-t-il ses doigts pour tenir le crayon? à trois doigts? à quatre doigts? globalement?
  2. Comment positionne-t-il sa tête pour regarder ce qu’il est en train d’écrire ou de dessiner? est-il capable de regarder son travail pendant quelques secondes sans relever la tête?
  3. A-t-il une main dominante pour écrire ou dessiner? Change-t-il son crayon de main lorsqu’il écrit du côté droit puis du côté gauche d’une feuille?

Écrire demande de la coordination oculo-motrice (entre l’œil et la main). Aussi, il est nécessaire que l’enfant ait développé un certain tonus dans son corps,  à l’épaule, dans le bras, dans la main et dans les doigts. Il a besoin de contrôler ce tonus pour faire des mouvements et des arrêts (contrôle moteur des mouvements) . La dissociation de chaque doigt dans les mouvements et arrêts est nécessaire pour diriger le crayon. L’enfant a besoin de faire bouger le crayon par le mouvement de ses doigts plutôt qu’un mouvement du poignet et du bras.

Souvent, lorsque ces capacités ne sont pas acquises, l’enfant démontre beaucoup de fatigue à écrire. Ou, il n’est pas intéressé par l’écriture que ce soit en script ou en cursif. L’ergothérapeute après avoir évalué le fonctionnement de l’enfant, peut déterminer par quoi il faut commencer pour avoir un effet sur les capacités de l’enfant. Souvent, il faut revenir à des mouvements du corps qui sont importants à consolider pour aider l’enfant à écrire.

Écrire et la marche à quatre pattes

Une des activités qui influencent beaucoup la capacité de l’enfant à écrire est: a-t-il marché à quatre pattes lorsqu’il était tout petit? La marche à quatre pattes est nécessaire au développement moteur et neurologique pour écrire. En voici quelques bénéfiques:

  • elle permet de renforcer le tonus musculaire du corps.
  • elle consolide la dissociation des deux côtés du corps (la main dominante et non dominante ne feront pas la même chose),
  • elle facilite l’extension du poignet et la force dans les mains ainsi que dans les bras
  • elle stimule les deux hémisphères du cerveau pour qu’ils travaillent ensemble (facilite le décodage et la compréhension des lettres)
  • Elle permet d’acquérir des notions de perception visuelle et de relations dans l’espace.

Donc, pour aider la prise de crayon et le tonus de votre enfant, refaites des activités sous forme de jeux dans la position à quatre pattes durant quelques semaines. Cela sera bénéfique pour écrire!

N’oubliez pas d’aller voir le programme thérapeutique et éducatif Les Ateliers « J’aime lire et écrire » qui vous donne beaucoup d’outils et d’activités à mettre en place à la maison pour aider votre enfant à développer ses capacités en écriture et lecture.

Françoise Lespérance, ergothérapeute

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L’autonomie: Je suis capable !

« Je suis capable »: petite phrase que votre enfant de deux ans et demi commence à vous dire! Wow, ce n’est déjà plus un bébé ! Il bouge, court, veut apprendre et imiter ce que les adultes font. Ses poupées et ses toutous lui servent de compagnons pour mettre en place différents scénarios de jeux.

Plus il vieillit, plus il veut devenir autonome et faire les choses par lui-même. Mais, parfois c’est plus facile à dire qu’à faire! Il peut éprouver certaines difficultés ou problèmes qui ralentissent cette autonomie qu’il veut avoir. Dans cet article, vous trouverez une méthode qui peut s’appliquer à partir de l’âge de 3½-4 ans à tous les habiletés de l’enfant (aspects moteur, langagier, social et comportemental).

Stratégie pour développer les habiletés d’autonomie de l’enfant

La première stratégie pour développer son autonomie est de déterminer ce qui est difficile pour l’enfant. Puis de clarifier l’habileté qu’il doit acquérir pour réussir. Par exemple, l’identification du problème est: « Il ne réussit pas à mettre son pantalon tout seul ». L’habileté à acquérir est: « Bien placé son pantalon et son corps pour réussir à le glisser sur ses jambes et hanches puis l’attacher ».

Si le problème est: « Il fait des crises de colère », l’habileté sera: « II peut exprimer calmement sa colère ». À cette étape, c’est souvent le parent qui identifie le problème mais l’enfant doit comprendre ce qui va être travaillé en priorité (s’il y a plusieurs habiletés à acquérir). Dans le cas de la gestion des crises de colère, le parent peut expliquer à l’enfant qu’il serait agréable s’il apprenait à ne pas se fâcher quand il ne réussit pas une activité où il veut être autonome (le faire tout seul). Il pourrait apprendre à garder son calme et exprimer ses émotions.

Percevoir les avantages et les efforts

Pour que l’enfant accepte de fournir un effort modifiant son comportement moteur, social ou autre, il doit y voir des avantages souvent expliqués par son parent. Il faut donc présenter l’acquisition de son autonomie sous forme de jeu à l’enfant.

Dans le cas de l’habillage, on pourrait dire que « Monsieur Vite et Rapide » va agir le matin pour être tout habillé avant maman et papa! Pour l’aider dans ce jeu, l’enfant se donne un compagnon qui va l’accompagner dans sa tâche soit en l’observant soit en participant. « Monsieur ou Madame Vite et rapide » se fait aider par « Rosalie », sa poupée qui la regarde pendant que l’enfant met seule ses pantalons.

Le parent donne un coup de pouce physiquement à son enfant si celui-ci accepte ou lui fournit verbalement des trucs simples comme: « Mets tes pantalons sur le plancher et assis toi devant pour les enfiler ». « N’oublie pas que l’étiquette doit être couchée sur le plancher. Ton étiquette ira dans ton dos lorsque tu auras mis tes pantalons »! Si l’enfant n’accepte pas que le parent lui donne des conseils, cela peut être son compagnon « Rosalie » ou autre qui va donner des conseils ou l’encourager dans le processus d’apprentissage de son autonomie.

Participation des « supporters » à l’enfant

Lorsque vous décidez de mettre en place cette méthode d’acquérir les habiletés d’autonomie, impliquez tous les alliés de la famille. Ainsi, l’enfant va être fier de ses progrès. Il pourra être félicité pour ses efforts par ses « supporters ». Cela peut être ses grands-parents, ses oncles et tantes ou bien ses frères et sœurs plus âgés. L’enfant comprend qu’il a une équipe derrière lui pour le soutenir dans l’acquisition de ses habiletés. Cela l’aide grandement à persévérer et à le motiver. Cette confiance qu’il perçoit de son entourage va lui donner confiance en lui pour agir.

Si cela demeure difficile pour l’enfant de persévérer dans l’acquisition de la nouvelle habileté, vous pouvez utiliser des habiletés qu’il a déjà acquises (par exemple: aller sur le petit pot pour faire ses besoins) pour lui faire comprendre qu’il peut aussi  être capable et autonome dans d’autres situations.

Encourager les efforts et réussites de l’enfant

L’enfant peut expliquer comment il agit ou il peut tout simplement faire une démonstration. Si son entourage (ses supporters) sont encourageants, l’enfant se sent important et fier de sa performance d’autonomie. C’est excellent pour développer son estime de soi. La nouvelle habileté acquise sera ainsi renforcée pour s’ancrer dans le comportement de l’enfant.

Rechutes probables

Aucun enfant fait un développement linéaire de son autonomie. En effet, l’enfant peut parfois faire deux pas par en avant et reculer un peu par une rechute avant de consolider ses nouvelles habiletés. Tout ne va pas comme sur des roulettes. Ces rechutes sont normales et font partie du cheminement de chaque enfant. Se servir de son compagnon (toutou ou poupée ou ami imaginaire) est une bonne façon d’aider l’enfant à recommencer à faire des efforts pour consolider ses nouvelles habiletés.

Lorsque l’habileté ciblée est acquise et consolidée, l’enfant peut être fier d’aider lui-même un ami par ses actions ou ses paroles. Par exemple, une enfant qui ne voulait pas attacher ses souliers. L’habileté de faire des boucles a été travaillée. Maintenant, elle est capable et en est fière. Si elle a un ami à la garderie qui ne réussit pas à attacher ses souliers, elle pourrait lui dire: « Tu peux réussir toi aussi car moi je suis capable maintenant »

Célébrer l’acquisition de cette nouvelle habileté

Lorsque l’enfant a acquis sa nouvelle habileté d’autonomie, c’est important de célébrer cette réussite pour lui. C’est la récompense pour les efforts fournis. Cette récompense peut prendre diverses formes dépendamment de chaque enfant pourvu que cela déclenche une grande joie chez l’enfant. Par exemple, pour certains enfants, cela pourrait être d’inviter les amis de la garderie à la maison où il y aura de la musique et des jeux. Pour d’autres, cela peut être d’aller récolter des pommes, d’aller à la plage, etc.

Agir un pas à la fois

Le développement de l’autonomie d’un enfant est comme monter un escalier. Il gravit une marche, peut y demeurer un certain temps pour consolider ses habiletés et puis il est prêt à gravir une autre marche. Donc, lors de problème ou difficultés importantes dans plusieurs habiletés, il faut prioriser et en travailler qu’une à la fois pour être sûr de diminuer les rechutes. Le cheminement doit être perçu de façon positive par l’enfant et par vous le parent qui le soutenez dans son cheminement.

Choisir un nouveau défi

Lorsque l’enfant maîtrise l’habileté qui avait été ciblée et que sa réussite a été célébrée. Il entreprend alors l’apprentissage d’une nouvelle habileté pour poursuivre la démarche d’autonomie.

L’enfant a le choix entre quelques habiletés si certaines sont toutes prioritaires mais il doit en choisir toujours juste une à la fois pour reprendre toutes les étapes.

Résumé des étapes pour faciliter la consolidation d’une habileté de l’enfant

  • L’enfant et le parent conviennent de l’habileté qu’il veut acquérir (convertir des problèmes vécus par l’enfant en habileté à acquérir)
  • Le parent et l’enfant trouvent tous les avantages que l’enfant aura de développer cette nouvelle habileté. L’enfant doit bien comprendre ces avantages.
  • L’enfant choisit un ami imaginaire ou magique qui va l’aider à acquérir cette nouvelle habileté.
  • Le parent et l’enfant identifient des « supporters ». L’enfant doit savoir qui sont « supporters » dans sa démarche « Je suis capable ».
  • Le parent et les « supporters » encouragent l’enfant dans ses efforts et dans ses rechutes.
  • Le parent donne les occasions à l’enfant de montrer ses progrès à ses « supporters » pour l’encourager à poursuivre ses efforts.
  • L’enfant, le parent et les « supporteurs » célèbrent la réussite de l’acquisition de l’habileté.
  • L’enfant peut maintenant enseigner cette habileté à ses amis ou pairs.
  • Le cycle est complet et on choisit une nouvelle habileté.

Françoise Lespérance, ergothérapeute

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L’alimentation et les difficultés sensorimotrices

 

L’alimentation peut être difficile lors de troubles sensorimoteurs chez l’enfant. Dans cet article, nous allons regarder de plus près, les difficultés rencontrées lors de trouble oro-moteur (autour et dans la bouche) chez le jeune enfant. L’objectif est de se familiariser avec les différentes difficultés et d’y apporter quelques pistes de solutions pouvant se mettre en action facilement à domicile.

Hypotonie musculaire

Chez certains enfants, le contrôle moteur général est faible. Cela peut leur prendre plus de temps à maintenir la position assise et commencer à marcher. Cela peut être de l’hypotonie musculaire. Au niveau oro-moteur, le contrôle des mouvements de la langue, de la mâchoire, des lèvres, des joues s’avère difficile.Un des signes est que l’enfant ne maintiendra pas toujours la bouche fermée. Il aura de la difficulté à retirer les aliments de la cuillère ou bien positionner ses lèvres sur la tétine du biberon. Il a souvent une perte salivaire entre les repas car sa bouche demeure ouverte avec des lèvres desséchées.

Mouvements non fonctionnels de la langue

La langue a un grand rôle pour former le bolus ( bol alimentaire). Si elle ne remplit pas bien sa fonction, les aliments se retrouvent dispersés dans la cavité orale, au palais ou dans l’arrière-gorge avant la déglutition. En effet, la langue aide au déplacement des aliments vers le côté de la dentition pour faciliter la mastication. Puis, elle ramène tous les aliments vers le centre pour faire le bolus avec la salive. Par la suite, elle aide à pousser le tout vers l’arrière-gorge pour la déglutition. Lors de difficulté, l’enfant va faire des mouvements avec sa tête pour aider à propulser le bolus vers l’arrière.

Autres problématiques parfois présentes

Il y a beaucoup d’autres difficultés motrices qui peuvent influencer la qualité de l’alimentation de l’enfant. De plus, des malformations des structures orales vont avoir des impacts sur les habiletés orales et motrices tel que la succion et la mastication. Un réflexe de déglutition absent ou retardé peut avoir comme conséquence des aspirations dans les voies respiratoires.

Les désordres alimentaires de nature sensorielle

Il est possible d’observer certains comportements inadéquats au niveau sensori-moteur. Parfois, l’enfant réagit violemment à plusieurs aliments pouvant aller jusqu’au réflexe de vomissement même lorsque les textures sont adéquates. Par exemple, l’enfant est capable de mastiquer un fruit mou comme une banane mais chaque fois qu’il essaie d’en manger, la réaction de vomissement est présent. Ce comportement est présent pour plusieurs aliments sucrés et salés.  C’est possiblement une hypersensibilité tactile. Les transitions entre les purées et les solides ou certaines consistances des aliments sont pas facilement acceptées. Il peut aussi réagir violemment à l’odeur des aliments lorsque ils sont présentés avec la cuillère. Dans ces circonstances, cela devient difficile pour le parent de varier l’alimentation de l’enfant.

À l’inverse, l’enfant hypo-sensible, pourrait conserver des aliments, dans sa bouche, collés au palais ou dans l’arrière-gorge sans avoir la réaction de vomissement. Cela peut représenter un risque d’étouffement ou d’aspiration de nourriture vers les poumons. Il y a aussi perte salivaire hors de la bouche sans que l’enfant en soit conscient. Il peut accumuler une grande quantité d’aliments dans sa bouche. Il peut vouloir prendre de très grosses bouchées. Ou bien, il peut préférer des mets très épicés et des boissons gazeuses.

L’enfant présentant des difficultés sensorimotrices a majoritairement d’autres problématiques sensorielles tactiles telle que la difficulté d’accepter des sensations sur la paume de ses mains (ne veut pas toucher à différentes textures) ou sur la plante des pieds (peut marcher sur la pointe des pieds). Il ne tolère pas les vêtements serrés ou réagit fortement si son bas est mal positionné dans son soulier, etc…

Pistes de solution pour les troubles sensorimoteurs reliées à l’alimentation

Souvent, une intervention globale pour moduler le trouble sensorielle est pertinent. Cela va faciliter une intégration neurologique des différents stimulus reçu par le système tactile(la peau). Le système tactile inclut la zone orale (interne et externe) de la bouche.

SI VOUS DÉSIREZ DES SUGGESTIONS PLUS COMPLÈTES, CLIQUEZ SUR PROGRAMME D’EXERCICES ORO-MOTEUR. Par courriel, je vous en fournirai davantage.

Voici quelques suggestions à mettre en place dépendamment de l’objectif à cibler:

Stimuler la fermeture de la bouche pour éviter la perte de salive ou faciliter la fermeture des lèvres sur la cuillère

  • Avec une débarbouillette douce et sec, faites des mouvements de massage sur le visage de l’enfant en direction des lèvres pendant 20-30 secondes avant les repas. Les mouvements doivent partir: a) du haut des joues pour descendre vers les lèvres, b) du menton pour se rendre aux lèvres et c) de la base du nez vers les lèvres. La pression exercée dans le massage doit être agréable à l’enfant. Le mouvement peut être modéré à plus rapide. Si l’enfant préfère un rythme plus lent, ajustez les mouvements. Toujours faire les deux côtés du visage de façon similaire.
  • Si l’enfant refuse que vous lui touchiez le visage, débutez par un jeu où l’enfant reçoit la débarbouillette dans le visage (ex.:jouer à la cachette) puis allez vers les mouvements mentionnés précédemment.
  • Avec votre index et majeur, touchez l’enfant dans la zone autour de la bouche dans un mouvement continue ayant une pression modérée. Le mouvement doit se faire toujours en direction des lèvres. Par exemple, débutez en partant sous le nez et arrêtez lorsque vous toucher les lèvres. Le mouvement de pression faite avec les doigts doivent faciliter la fermeture des lèvres. De faire cet exercice dans les minutes précédents le repas aide les muscles et le système sensoriel à se préparer à fermer les lèvres lorsque se présentera la cuillère.

Fournir une stimulation sensorielle aux gencives pour faciliter la modulation de l’information et obtenir des réponses adaptés aux aliments

  • En utilisant une brosse douce pour enfant ou votre index, frottez doucement les gencives (au-dessus et en-dessous des dents) en appliquant une pression moyenne. Débutez au milieu de la bouche vers un mouvement vers l’arrière de la bouche.
  • Si l’enfant refus cet exercice, utilisez une bosse électrique pour lui masser les gencives

Stimuler les mouvements de la langue pour obtenir la production du bolus lors de l’alimentation

  • En utilisant la brosse en dent douce pour enfant, faites des mouvements de pression sur le milieu de la langue pour que celle-ci forme un « U ». Maintenir pendant 2-3 secondes avant de relâcher.
  • Allez toucher l’intérieur des joues et demandez à l’enfant de venir toucher avec sa langue (s’il peut comprendre la consigne)

Ces suggestions ne remplacent pas une évaluation faite par un professionnel de la santé pour établir un plan d’intervention individualisé pour un enfant. N’hésitez pas à consulter un ergothérapeute de votre région pour recevoir un soutien personnalisé.

Françoise Lespérance, ergothérapeute de Jouer et Grandir

 

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