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L’organisation de tâche de l’enfant dyspraxique

 

L’organisation de tâche est souvent mentionnée comme un défi majeur pour un enfant DVS.

La dyspraxie visuo-spatiale (DVS) ou trouble développemental de la coordination avec composantes visuo-spatiales (TDC-VS) sont des synonymes.

La dyspraxie visuo-spatiale touche les muscles externes des yeux au niveau de leur coordination. L’information visuelle de l’environnement à deux et à trois dimensions perçue par l’enfant (l’emplacement et l’orientation des objets) a un impact sur le guidage visuel et la détermination des paramètres du mouvement lors d’exécution d’actions motrices. 

 

Les gestes moteurs et visuels de l’enfant DVS

La planification et l’exécution des mouvements moteurs et visuels sont difficiles et fatigants pour un enfant ayant une dyspraxie visuo-spatiale. Ses yeux vont parfois « oublier » de voir certains détails essentiels par leur mouvement de recherche, localisation et fixation visuelle.

Ces difficultés impactent son fonctionnement. Le résultat escompté lors d’organisation dans les tâches tel que le rangement dans la chambre à coucher devient un défi pour l’enfant. Même phénomène pour retrouver des objets dans la salle de bain ou dans son espace de travail à l’école. Parfois, cela crée une grande frustration pour les personnes vivant avec lui à la maison et à l’école.

Pour avoir un espace de vie rangé, l’enfant a besoin de développer une organisation dans la tâche qui fait référence à des apprentissages procéduraux. Ceux-ci  sont souvent déficitaires surtout lors de comorbidité avec d’autres troubles neurodéveloppementaux.

À l’école, l’enseignant observe que l’enfant perd beaucoup de temps à retrouver ses cahiers et ses crayons dans son bureau. Il échappe souvent au sol ses objets personnels. Il a besoin de soutien pour pouvoir commencer les travaux demandés. Aussi, faire le ménage de son bureau est une tâche ardue ainsi que placer ses vêtements et autres objets dans son casier.

À la maison, le parent mentionne qu’il ne range pas sa chambre. Il a de la difficulté à retrouver des objets ou aliments dans la cuisine. La salle de bain est à l’envers après avoir pris sa douche ou son bain, etc.

 

 Que faire pour aider l’enfant ayant une dyspraxie visuo-spatiale (TDC-VS)

Pour que l’enfant trouve des solutions à ses difficultés d’organisation dans les tâches, il faut qu’il se sente soutenu dans ces défis. Si l’organisation du matériel dans les pièces de la maison est difficile pour les parents et ne fait pas partie de leurs valeurs, l’enfant ne verra pas l’importance et l’utilité de modifier son comportement et de fournir des efforts pour retrouver son matériel facilement à la maison et à l’école.

L’impact d’un TDAH (déficit de l’attention/hyperactivité) influence également le comportement de l’enfant. Ce trouble est en comorbidité avec plus de 50% des enfants ayant une dyspraxie visuo-spatiale (TDC-VS). 

Pour aider un enfant DVS dans son organisation des tâches, il est primordial que les objets usuels qu’il utilise soient constamment rangés et placés au même endroit dans la maison et à l’école. Par exemple, Justin prépare lui-même son déjeuner. Il mange soit des céréales ou des rôtis avec du beurre d’arachides. Dans cette situation, l’enfant a besoin de retrouver toujours au même endroit dans le garde-manger, les céréales, le pain et le pot de beurre d’arachides. Le lait devra se retrouver sur la même tablette du réfrigérateur. Pour la vaisselle et les ustensiles, c’est souvent plus facile car un tiroir et une armoire est dédiée à ces objets dans la cuisine. Cela demande donc la collaboration de toute la famille (parents et les autres enfants) à ranger le matériel utilisé par l’enfant DVS au même endroit et ce, dans les différentes pièces.

Fatigue visuelle et motrice lors de l’organisation dans les tâches

Au cours d’une journée, dû aux efforts qu’il doit constamment fournir au niveau moteur et visuel, l’enfant éprouve un état de fatigue qui peut perturber son comportement. Il est donc essentiel de lui fournir des adaptations pertinentes et un soutien plus personnalisé.  

Dans certaines situations, l’ajout de repères visuels facilite les gestes du regard afin de localiser le matériel nécessaire lors de l’organisation des tâches. Par exemple, dans le bureau de l’enfant, des cahiers ou cartables de couleurs différentes pour chaque matière est en envisager. Un petit carton plastifié et collé sur le dessus du bureau qui indique la couleur et la matière du cahier ou cartable à retrouver dans le bureau peut aider grandement l’enfant à s’organiser surtout si son attention est de courte durée. De séparer physiquement l’espace du bureau par des séparateurs ou du rangement vertical sur le côté du bureau sont d’autres adaptations facilitant le repérage visuel et l’organisation du matériel.

Les procéduriers visuels

Des procéduriers (liste des étapes à exécuter par l’enfant) sont aussi des outils pouvant aider l’enfant à s’organiser dans ses actions/tâches à la maison et à l’école. Ces procéduriers peuvent être faits avec des images, des mots ou de courtes phrases. Il faut déterminer avec l’enfant dans quelle situation il a besoin de procéduriers. 

Si l’enfant préfère un procédurier sous forme de mots ou de courtes phrases, assurez-vous d’écrire suffisamment gros  avec des doubles interlignes pour faciliter les gestes du regard lors de la lecture. Idéalement, utilisez le traitement de texte avec une police de grosseur 16 à 20 points tout en changeant de couleur à chaque ligne.

Lors de la mise en place de procéduriers, l’enfant doit comprendre le pourquoi d’utiliser cette modalité d’adaptation. Ce procédurier se construit en collaboration avec l’enfant pour qu’il cherche à déterminer, lui-même, les différentes étapes à exécuter afin de réussir à s’organiser dans la tâche et améliorer le rangement du matériel pertinent. 

Confiance et fierté de l’enfant

Tous les enfants ont besoin de développer leur confiance en eux et en leur potentiel. Ils veulent être fier de ce qu’ils peuvent réaliser au quotidien. L’enfant DVS a aussi besoin d’encouragements de la part de son entourage. Sa compréhension qu’il est unique avec ses capacités et ses défis est essentiel pour qu’il puisse développer son autonomie durant son enfance et son adolescence dans l’organisation des tâches.

La mise en place d’adaptations et des actions de réadaptation lui donnant diverses stratégies fournies en ergothérapie et par d’autres professionnels vont l’aider au niveau de ses difficultés motrices et visuelles afin d’obtenir un impact à long terme sur son organisation de travail.  

 Si vous voulez en savoir davantage sur la dyspraxie visuo-spatiale, deux formations en ligne sont disponibles par Jouer et Grandir.

Françoise Lespérance, ergothérapeute 

Classe flexible et troubles neurodéveloppementaux

La classe flexible ou « flexible seating » prend de l’ampleur depuis quelques années.

Est-ce que cet environnement scolaire est pertinent pour un enfant ayant un trouble neurodéveloppemental comme la dyspraxie (trouble développemental de la coordination) ou un TDA/H (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité)?

Essayons de mieux comprendre les bienfaits et les limites de la classe flexible!

Source de l’image: laclassedemaitresse.fr

 

Que signifie une classe flexible de façon concrète?

Certains d’entre vous en ont déjà entendu parler mais ne connaissent pas l’approche en détail. D’autres ont des enfants qui ont intégré une classe flexible en 2018-19 et qui sont très contents de cette philosophie. Pour quelques-uns, leurs enfants vont débuter la prochaine année dans une classe flexible. 

La classe flexible est un environnement de vie où les bureaux en rangée ne sont plus la seule alternative d’organisation physique de la classe. Tout est aménagé différemment. La classe flexible, c’est une approche et une philosophie, qui offre de multiples possibilités à l’enfant au niveau des postes de travail. Les objectifs visés sont d’améliorer le confort des enfants et de faciliter ses apprentissages.

La classe flexible comprend parfois quelques bureaux ou tables standards des classes traditionnelles à lesquelles on a ajouté beaucoup de variantes possibles. Ainsi, dans la classe flexible, on retrouve différents types d’assises sous forme de chaises, bancs, ballons, coussins, divans,…Des tables de différents hauteurs permettant de travailler seul, en équipe de deux ou de quatre,…un coin détente avec tapis au sol, fourrure, paravent pour isoler du bruit,… Selon l’imagination et la créativité, les possibilités sont immenses. 

Dans cet environnement de vie, l’enfant peut ainsi bouger, choisir l’emplacement qui correspond à ses besoins moteurs ou sensoriels du moment afin d’être disponible pour les apprentissages scolaires. Les possibilités posturales sont nombreuses car l’enfant peut travailler:

– Debout,

– À genoux,

– Assis sur chaise standard, sur une chaise berçante, sur un banc qui bouge, …

– Au sol soit couché sur le ventre, couché sur le dos, assis en tailleur,…   

Quels sont les impacts de la classe flexible sur les enfants?

Chaque enfant a ses spécifications de fonctionnement au niveau sensoriel, moteur et visuo-perceptuel. La classe flexible répond à la diversité des besoins des enfants tout en leur permettant de faire des apprentissages scolaires sans monotonie et rigidité au niveau de leur environnement de vie. L’enseignant doit tenir compte des possibilités de cet environnement de vie pour adapter ses stratégies et son contenu pédagogique afin de répondre aux besoins de tous les enfants. 

 

Des recherches sur la classe flexible démontrent des bienfaits :

Les enfants bougent davantage au cours de leurs journées scolaires;

– Les enfants sont plus concentrés pour faire les apprentissages;

– Les enfants s’impliquent davantage dans les différentes activités proposées par l’enseignant.

– Une augmentation des capacités d’attention de 12% selon la clinique Mayo à Rochester, New York (recherche faite avec 300 élèves pendant une année scolaire)

 

 

Est-ce que la classe flexible est pertinente pour un enfant ayant un trouble neurodéveloppemental?

 

Les  troubles du neurodéveloppement comprennent plusieurs diagnostics; troubles spécifiques des apprentissages scolaires, TDI, TSA, TDC, TSLO et TDAH.  Il existe un pourcentage important de comorbidité entre ces différents troubles. La plupart de ces enfants vivent des difficultés de modulation sensorielle pour s’adapter aux exigences de leurs environnements. La classe flexible peut faciliter l’autogestion de l’enfant vis-à-vis les stimuli sensoriels.

Image tirée de la conférence de Vincent des Portes lors de la semaine du cerveau 2019.

En effet, la classe flexible peut être bénéfique comme devenir un défi pour l’enfant ayant un trouble du neurodéveloppement (TND). Par exemple, certains enfants vont comprendre et agir pour se rendre dans le coin détente dans le but de moduler la surcharge auditive qu’ils peuvent avoir vécu dans la classe durant un travail en équipe. Pour d’autres enfants, cette surcharge auditive va complètement les désorganiser et va affecter leur comportement dans les tâches en cours. 

Un autre exemple est le besoin de bouger pour un enfant qui a pour effet d’augmenter son attention aux activités. Cet enfant pourrait utiliser un ballon ou autre matériel pour s’asseoir tout en écoutant les propos de l’enseignant ou lors d’un exposé oral des pairs de la classe.  

Dans une classe flexible, l’enseignant a besoin d’observer et connaître les spécifications du fonctionnement de chaque enfant pour l’aider à autogérer son comportement en lien avec une possibilité de surcharge sensorielle.

Quels sont les limites ou défis de l’enfant ayant un TND (trouble neurodéveloppemental) dans une classe flexible?

L’enfant ayant un trouble neurodéveloppemental peut avoir un manque de tonus musculaire, des difficultés de motricité globale et fine qui vont affecter son positionnement, sa coordination des gestes moteurs et visuels dans l’espace. Il peut aussi avoir beaucoup de difficulté pour s’organiser et effectuer les tâches demandées, manipuler son matériel scolaire, etc…

Au niveau sensoriel, il peut avoir besoin de calme pour gérer les stimuli visuels et auditifs afin de pouvoir fournir une attention par la suite. Il peut, au contraire, avoir besoin de stimuli de mouvement (vestibulaire) pour fonctionner et demeurer attentif aux demandes d’apprentissages.

L’enfant ayant une dyspraxie (trouble développemental de la coordination) a besoin de stabilité dans sa posture pour les tâches de dextérité et d’écriture à la table et à l’ordinateur. Lorsque s’ajoute des difficultés visuo-spatiales en lien avec les capacités oculomotrices, l’enseignante doit aider l’enfant à bien choisir ses postes de travail pour s’assurer que la fatigue physique et la double tâche n’interfèrent pas dans les performances  d’apprentissage de l’enfant.

Certains enfants ont également des besoins très spécifiques d’adaptations du matériel pédagogique ou d’un plan incliné ou d’utiliser l’ordinateur  pour effectuer des travaux d’écriture et de mathématiques avec des logiciels ou des fonctionnalités. Dans ces situations, l’enfant doit bien comprendre pourquoi il devra travailler à certains postes de travail plutôt qu’à toutes les possibilités offertes dans la classe.

Pour certains enfants, d’avoir un espace qui leur appartient (un bureau) c’est sécurisant et évite de chercher une place où s’installer surtout lorsque les endroits disponibles ne correspondent pas à ses besoins posturaux.

Quel est le rôle de l’ergothérapeute et de l’enseignant pour qu’un enfant TND puisse bien fonctionner dans une classe flexible?

 

L’enseignant a besoin de développer des compétences pour bien utiliser le matériel dans la classe flexible. Il a besoin de connaître les bienfaits et les contre-indications de chaque poste de travail de la classe. Il a aussi besoin de connaitre le développement sensori-moteur de l’enfant ainsi que les postures immatures en motricité globale et fine.

L’ergothérapeute agit en tant que consultant auprès de l’enseignant pour l’aider à bien comprendre les possibilités du matériel de la classe flexible afin d’intégrer toutes les possibilités répondant aux enfants ayant des besoins particuliers.

L’ergothérapeute évalue l’enfant dans son fonctionnement moteur, sensoriel et visuo-perceptuel.  Son analyse du rendement de l’enfant clarifie le type de posture, les adaptations pertinentes et le profil sensoriel de l’enfant qui l’aide ou interfère lors des apprentissages.

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L’enseignement aux enfants est également fourni d’une façon différente dans une classe flexible. Le titulaire devient davantage un chef de projet et un guide tout au long de la journée. Il peut enseigner par des cours magistraux ou utiliser des ateliers pour promouvoir le contenu pédagogique. Les enfants développent davantage d’autonomie, des relations sociales et d’entraide au quotidien. 

L’ergothérapeute peut grandement aider les enfants et les enseignants lors de l’installation d’une classe flexible pour s’assurer de faire le bon choix du matériel et de pouvoir gérer la classe en tenant compte des besoins de chaque enfant.

Françoise Lespérance, ergothérapeute

Jouer et Grandir

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